Laurette 42 sous l'heure d'ete dans le camp de Recebédou
29 Avril 2016
Rédigé par labrousse et publié depuis
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Laurette 1942
Une volontaire au camp de Récébédou
Prefet de region CHENEAU DE LEYRITZ
Intendant des Affaires Économique CARDIN
Intendant de Police DANGLADE ET HEYL
Chéneaux de Leyritz était dithyrambique sur l’ancien député modéré de l’Aveyron François-Martin, devenu préfet de Tarn-et-Garonne :
D’une valeur intellectuelle très au-dessus de la moyenne et d’une valeur professionnelle exceptionnelle, malgré son expérience encore peu étendue dans l’administration préfectorale. […] L’un des meilleurs préfets de France, entièrement acquis au régime nouveau, et qui a réussi avec beaucoup de tact, de finesse et d’intelligente activité, à se concilier les sympathies de tous les milieux, même ceux que sa position politique d’autrefois avait un peu prévenus contre lui.SERVICES DEPENDANT DE LA PREFECTURE Police d'État de Toulouse Commissariat central. 7 commissaires de police d'arrondissement (dont le commissaire Philippe Jusqu'en janvier 1943). Commandants des Gardiens de la Paix . Service de Police de Sûreté. Commissariat aux Délégations judiciaires. Service départemental des Renseignements généraux. Brigade de Police économique. Ravitaillement Général Direction régionale. Direction départementale. Archives départementales de la Haute-Garonne Section ancienne et archives notariales. Section moderne.
« Devenu préfet régional (en vertu de la loi du 19 avril 1941) et ayant reçu compétence sur la IXe région agrandie vers l'ouest du Lot-et-Garonne et de la portion du territoire des Landes et des Basses-Pyrénées démembrée par la ligne de démarcation, Cheneaux de Leyritz créa au sein de son cabinet un Bureau du régionalisme. Structure légère, dirigée par un chargé de mission assisté par cinq collaborateurs, recrutés dans les « chantiers de jeunes chômeurs intellectuels », ce bureau était chargé de « susciter et de seconder par tous les moyens appropriés les initiatives régionalistes ». Les comptes-rendus mensuels du Bureau du régionalisme, de décembre 1941 à juin 1944, témoignent d'une activité soutenue et parfois même débordante, ce qui n'est pas le moindre paradoxe à partir du moment où la réforme provinciale commence à perdre du terrain à Vichy. À dire vrai, une bonne partie de cet activisme régionaliste concerne le domaine culturel et présente - cela n'étonnera pas - une tonalité traditionaliste, folklorisante voire franchement réactionnaire. Mais il y a un autre versant de l'activité du Bureau du régionalisme d'esprit bien différent et qui est loin d'être négligeable : celui des affaires économiques. Les archives de la préfecture régionale mettent en relief le rôle joué par Daniel Faucher qui, tout en s'engageant très activement dans la Résistance, a été associé dès le début aux travaux du Bureau et de la Commission du régionalisme. Dans une conférence remarquée, publiée en juin 1941 sous le titre : « Des « pays » aux régions », Daniel Faucher s'efforçait d'établir une correspondance entre les régions naturelles et les « pays », et soulignait l'importance de la zone d'attraction des villes dans la configuration régionale. (...) À l'initiative de Daniel Faucher, un groupe de réflexion fournira régulièrement au Bureau du régionalisme des études et des rapports techniques sur le désenclavement routier, le reboisement, l'aménagement hydraulique des coteaux gascons, etc. Ces études et ces projets ne sont pas tous restés lettre morte et la préfecture régionale s'est engagée, par exemple, dans un plan assez ambitieux de rénovation rurale en zone de montagne. Les préfets régionaux disparurent dans la débâcle du régime de Vichy. Mais on sait que le Gouvernement provisoire de la République conserva la structure régionale de l'État français pour y installer, sur la base d'une ordonnance du 10 janvier 1944, des commissaires régionaux de la République dotés de pouvoirs encore plus étendus. En apparence, ce maintien était destiné à faire face aux circonstances exceptionnelles de la Libération, mais dans l'esprit de certains hauts responsables, la région devait être le cadre tout désigné pour lancer l'effort de reconstruction. Au cours de l'année 1945, un débat s'est instauré dans les sphères gouvernementales sur l'avenir institutionnel de la région ; débat auquel participèrent activement plusieurs commissaires de la République, dont celui de la région de Toulouse, Pierre Bertaux. Nommé en août 1944, Pierre Bertaux considérait que pour éviter la congestion du centre il fallait revivifier la périphérie, mais que le département était devenu une entité administrative trop exiguë ; créer la région était donc « une nécessité vitale ». Le régionalisme de Bertaux ne se nourrissait pas de nostalgies provincialistes ; il était dirigé vers l'avenir et la reconstruction du pays par la mise en oeuvre de la planification annoncée dans le programme du Conseil national de la Résistance. Le commissaire de la République de Toulouse fut un des premiers à préconiser « une application territoriale du plan », et, en conséquence, il proposait un découpage régional se modelant sur les réalités géo-économiques de la France. Ainsi Toulouse constituerait le pôle d'attraction d'une vaste région englobant l'ensemble de la chaîne pyrénéenne, à la tête de laquelle se trouverait un appareil administratif léger (...). Le projet Bertaux bousculait cependant trop d'habitudes et d'idées reçues et se heurtait à d'autres projets en circulation à cette époque, et notamment celui de Michel Debré, commissaire de la République en poste à Angers, et chargé, en avril 1945, d'une mission pour la réforme administrative. M. Debré préconisait un simple redécoupage de la carte départementale qui était destiné, en fait, à couper court A TOUTE REORGANISATION
Été 1942 sous l'Heure d'été. Au moment des grandes rafles et déportations organisées par Vichy, Laurette Monet a 19 ans. Étudiante en théologie protestante, elle s’engage dans la Cimade, organisme protestant d’entraide des opprimés, et découvre la réalité des camps d’internement français de la zone Sud. Face à l’horreur de ces antichambres de la « Solution finale », la jeune fille bascule dans la résistance.
Documentaire-fiction de 97 mn d’après l’œuvre de Laurette Alexis-Monet, les Miradors de Vichy (Editions de Paris)
Laurette 1942 nous fait découvrir le camp de Récébédou au travers d’images d’archives. Il se définit alors comme un camp-hôpital gigantesque où s’entassent estropiés, infirmes et tuberculeux que l’on soigne avec de l’eau sale et des soupes infectes. La population locale elle-même manifeste sa désapprobation.
Ce film met en parallèle fiction et réalité : d’un côté la jeunesse enthousiaste et généreuse de ces volontaires, de l’autre les témoignages de ces héroïnes qui décrivent l’été 1942, notamment marqué par la rafle du Vél’ d’hiv’
Premières impressions
Diffusion en avant-première du film Laurette 1942 à l’Auditorium du mémorial de la Shoah, dimanche 4 octobre 2015 à Paris
70 personnes ont assisté en avant-première au film Laurette 1942, qui est un documentaire fiction inspiré du livre de Laurette Alexis Monet1. Geneviève Jacques représentait la Cimade accompagnée d’une délégation nationale et régionale.
Francis Fourcou, le réalisateur, y présente le témoignage de Laurette, une jeune étudiante en théologie protestante de Montpellier qui rejoint en tant que bénévole Madeleine Barrot, secrétaire nationale de la Cimade. Laurette découvre le camp d’internement de Récébédou au sud de Toulouse.
Face à la politique antisémite du gouvernement de Vichy, l’été 1942, est un tournant dramatique où la police française arrête et déporte de la zone libre des milliers de personnes juifs, espagnols, français et « indésirables »… pour les livrer aux nazis. Des hommes, femmes enfants sont ainsi séparés et déportés, via Drancy vers Auschwitz et d'autres camps d'extermination. Par des gestes simples empreints d’humanité et de fraternité, Laurette entre dans une résistance en mouvement, pour accompagner, soutenir et soigner. Dans l’horreur le camp d’internement de Récébédou, c’est un hymne à la fraternité et à l’espérance que le réalisateur met en scène.
La caméra nous entraine dans des allers-retours entre hier et aujourd’hui de témoins qui racontent leurs souvenirs impérissables. Ces témoignages s’inscrivent dans un devoir de mémoire indispensable. La diffusion de ce film est prévue dans des milieux associatifs et éducatifs.
Cette production est un hommage à la résistance civique, tout particulièrement celle des femmes si peu mise en valeur dans l’Histoire de France2. Ce film est aussi une invitation à décliner le verbe « Résister » hier comme aujourd’hui.
Laurette, comme des milliers d’autres, ont manifesté leur engagement exemplaire par des gestes quotidiens d’une valeur inestimable. Une vive conscience de sa responsabilité individuelle au nom de sa foi
Parmi les résistants de la première heure, 30% étaient des femmes, seulement 0,6% d'entre elles furent comptées parmi les 1038 membres de l'Ordre National des Compagnons de la Libération. Laurette Monet fait partie de ces combattantes. En août 1942, elle a dix-neuf ans. À la fois discrète et lumineuse, qui ne se la joue pas. Docile, sage, bien élevée. Quand elle devient co-équipière à la Cimade, elle n'envisage certainement pas l'étendue de ce à quoi elle s'engage, qui la dépassera, elle, la protestante. Un beau matin, elle atterrit au camp du Récébédou, sur la commune de Portet-sur-Garonne, à quelques kilomètres de Toulouse – où champignonne désormais une vaste zone commerciale...
Le camp du Récébédou est un camp d'internement pour les Juifs et les Espagnols républicains, créé en février 1941 et fermé en septembre 1942, situé sur la commune de Portet-sur-Garonne, au sud de Toulouse (Haute-Garonne). Des convois ferroviaires ont emmené les internés, viaDrancy, vers Auschwitz et d'autres camps d'extermination. Situé dans la banlieue toulousaine, le CAMP DE RECEBEDOU fut créé en juillet 1940 comme centre d'accueil des réfugiés et évacués. Il fut aménagé en camp-hôpital en février 1941 et prévu pour un effectif de 1 400 personnes.
Il comportait 87 bâtiments en briques et offrait des conditions de vie convenables aux internés.
Trois pavillons avaient été aménagés en infirmeries, une pour les hommes gravement malades, une pour les femmes et une pour les tuberculeux.
Le camp était doté d'une station d'épuration et la désinfection assurée par sulfuration des vêtements et des couvertures. Il y avait en outre des cabines de douches et une chambre froide pour la conservation des denrées périssables.
A l'origine, les visites furent autorisées deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, et certains internés purent obtenir l'autorisation de se rendre quelques heures à TOULOUSE.
Il existait également à RECEBEDOU un îlot spécial appelé "camp surveillé" ou "pavillon de sécurité" destiné aux internés indisciplinés dont certains furent transférés au VERNET.
La guerre amène une modification de la cité du Récébédou. Géré par la municipalité de Toulouse, il est d'abord affecté en 1940 à l'accueil despopulations réfugiées du Nord de la France. Devant l'afflux des réfugiésrépublicains espagnols, puis des Juifs fuyant la zone occupée, la cité devient en juillet 1940 un centre d'accueil pour réfugiés et évadés. En février 1941, récupéré par la préfecture de la Haute-Garonne, il devient officiellement un camp-hôpital, prévu pour un effectif de 1 400 personnes. La politique de Vichy en fait un établissement « semi-ouvert », c'est-à-dire que journalistes et associations caritatives peuvent y entrer. Le régime pense alors en faire un élément de propagande.
Au début, les conditions sont à peu près satisfaisantes, mais elles se dégradent rapidement, par manque d'équipements médicaux, de médicaments, et d'alimentation suffisante. Il y a, en 1941, 739 internés, dont la moitié ont plus de 60 ans et sont atteints d'affections graves. Pendant l'hiver 1941-1942, la faim, le froid et la maladie font 118 morts, et au total ce sont 314 personnes, dont 254 Juifs, qui perdent la vie. Plusieurs convois, partant de Portet-sur-Garonne, emmènent les internés au camp de Drancy. Les départs de Drancy mentionnent trois convois à destination d'Auschwitz avec 349 Juifs venant du Récébédou.
L'archevêque de Toulouse, Mgr Jules Saliège, s'active vigoureusement contre la politique à l'égard des Juifs et réclame avec insistance la fermeture des camps de Noé et du Récébédou. Son action, avec celle d'organismes humanitaires comme la Cimade et la Croix-Rouge, permet d'apporter quelque soutien aux internés. À partir de septembre 1942, les internés sont progressivement dirigés vers les hôpitaux de la région, et le camp cesse son activité. Le camp du Récébédou est officiellement fermé en octobre 1942 au prétexte de sa trop grande proximité de Toulouse.
Lors de l'entrée des troupes allemandes à Toulouse, fin 1942, il sert quelque temps pour loger quelques effectifs de la Wehrmacht.
Cette lettre à en-tête du Ministère de l'Intérieur, SURETE NATIONALE CAMP-HOPITAL DE RECEBEDOU, datée du 31 mars 1942, émane de la Direction du Camp et est adressée au C.I.C.R. à GENEVE (étiquette verte FRANC DE PORT). Elle est revêtue du rare cachet rouge ovale MINISTERE DE L'INTERIEUR SURETE NATIONALE CAMP DE RECEBEDOU (Hte Gne) Le Directeur En août 1942, trois convois partant de DRANCY pour AUSCHWITZ font état de 349 Juifs en provenance du Camp de RECEBEDOU.
En septembre 1943, les internés âgés ou gravement malades seront transférés vers les hospices de la région. A partir de cette époque, RECEBEDOU ne sera plus considéré comme camp-hôpital.
Hélas, comme à NOE, ce "confort" relatif se détériora rapidement par suite d'un manque de personnel médical (2 médecins pour les 14000 internés !), d'équipements médicaux et de médicaments auquel s'ajouta une alimentation insuffisante. Fin 1941, le Rabbin KAPEL, venant de Mulhouse et chargé d'apporter une aide matérielle et morale à ses coreligionnaires du sud-ouest, fait un rapport éloquent sur ce sujet :
"En réalité, NOE et RECEBEDOU ne méritent pas le nom de camps-hôpitaux... J'attire l'attention sur l'infirmerie 23 du Camp de RECEBEDOU où environ 35 malades ont faim et froid et vivent enfermés presque sans soins dans des locaux qui ont l'air de taudis plutôt que d'infirmeries !"
Il y avait à cette époque 739 internés au Camp de RECEBEDOU dont plus de la moitié avaient plus de 60 ans et souffraient d'affections graves. Au cours de l'hiver 1941-1942, 118 internés juifs décéderont à RECEBEDOU.